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Léonard de Vinci (voir caricature img. 02), passionné par la morphopsychologie s’adonnait à cette technique en poussant essentiellement les traits de caractère et l’usure du temps, remarquable sur les visages des petites gens.
On retiendra également au XVIe siècle, les noms de Caracci (voir caricature img. 03) et Bernini, ce dernier introduisit la caricature en France en 1665. Les portraits humoristiques ou exagérés d’Annibale Caracci (1560 - 1609) et de son école, en contradiction à la conception du «Beau » idéal caractéristique de la peinture à l’époque de la Renaissance où l’être humain était sublimé et devenait l’élément de beauté et de grâce par excellence.
D’Argenson introduit le terme caricature en France en 1740, dans le vocabulaire des Beaux-Arts (les Mémoires de D’Argenson), puis en 1773, par Diderot (le Paradoxe sur le comédien publié en 1830) dans le vocabulaire du théâtre. Il écrit : « les images des passions n’en sont donc pas les vraies images, ce n’en sont que des portraits outrés, que de grandes caricatures assujetties à des règles de convention » (Pléiade, p. 1041). Avec la xylographie, l’image devient reproductible.
Les « Planches » sont l’instrument du tirage de l’image à plusieurs exemplaires. Les premières feuilles sont distribuées par les colporteurs ainsi que les premières cartes à jouer et les images des Saints.
Dans un article de l’Encyclopédie (Paris ; Neuchâtel, 1765), Diderot, à propos de la peinture, prenait en compte la dimension comique mais dénonçait le genre comme moins efficace par son « excès » qu’un portrait d’après nature : la charge « consiste à démêler le vice réel ou d’opinion qui étoit déjà dans quelque partie, et à le porter par l’expression jusqu’à ce point d’exagération où l’on reconnoît encore la chose, et au-delà duquel on ne la reconnoîtra plus (...). Je ne sais même si une charge n’est pas plus propre à consoler l’amour propre qu’à le mortifier. Si vous exagérez mon défaut, vous m’inclinez à croire qu’il faudrait qu’il fût porté en moi jusqu’au point où vous l’avez représenté, soit dans votre esprit, soit dans votre tableau, pour être vraiment répréhensible ; ou je ne me reconnois point aux traits que vous avez employés, ou l’excès que j’y remarque m’excuse à mes yeux. Tel a ri d’une charge dont il était le sujet, à qui une peinture de lui-même plus voisine de la nature eût fait détourner la vue, ou peut-être verser des larmes ».
Le philosophe Henri Bergson, dans son célèbre ouvrage Le rire essai sur la signification du comique (1900) distingue quant à lui la caricature, ici considérée comme une forme du comique, de l’exagération en tant que telle. Dans toute physionomie peut, selon lui, s’esquisser une « grimace possible », une « déformation », or : « L’art du caricaturiste est de saisir ce mouvement parfois imperceptible et de le rendre visible à tous en l’agrandissant » (Paris : P.U.F., 1972, p. 20). Le caricaturiste réalise, de ce fait, « les disproportions et les déformations qui ont dû exister dans la nature à l’état de velléités ». Mais, s’il admet que la caricature est un « art qui exagère », Bergson présente l’exagération dans la caricature, non comme un but, « mais comme un simple moyen dont le dessinateur se sert pour rendre manifestes à nos yeux les contorsions qu’il voit se préparer dans la nature. C’est cette contorsion qui importe, c’est elle qui intéresse. Et voilà pourquoi on ira la chercher jusque dans les éléments de la physionomie qui sont incapables de mouvement dans la courbure du nez et même dans la forme d’une oreille. C’est que la forme est pour nous le dessin d’un mouvement... » (p. 21). Selon Bergson, la caricature dévoile, révèle ce qui est latent dans le réel.
En élargissant son horizon de diffusion aux bourgeois et à la foule variée qui peuple les cabarets, les tavernes et les cafés, la caricature a délaissé les codes et symboles savants pour adopter un langage universel fait d’allusions visuelles évidentes : une soutane, une croix ou un chapelet désigne le religieux ; l’épée, le panache ou le blason indique le noble ; la couronne, le roi...
Le roi fut rarement l’objet d’une mise en cause directe dans les estampes populaires antérieures à la Révolution. La caricature est laïque dans l’âme ; quand, au XVIIIe siècle, elle attaque la figure du Roi, elle consomme sa désacralisation aux yeux du peuple.
Le support du déguisement a également été utilisé pour se moquer des castes, comme à Venise ou les défilés à l’occasion du carnaval montrent des juges, ecclésiastiques, bourgeois ayant chacun un masque exagérant les traits à l’extrême.
La Révolution invente de nouveaux symboles : la cocarde, le bonnet phrygien ; la caricature (qui émane des révolutionnaires ou des contre-révolutionnaires) les assimile aussitôt à son répertoire. Les journaux se multiplient, tel L’ami du peuple créé par Marat dès septembre 1789. La caricature y prend une valeur narrative. L’histoire s’accélère et requiert la mobilisation rapide des foules ; la caricature est l’aiguillon qui éperonne l’opinion et enflamme la poudre du mécontentement politique. Dès lors, la représentation n’est plus seulement l’évocation et le témoignage des événements politiques, elle agit sur l’Histoire, elle provoque et suscite ses rebondissements.
La caricature devint, au XVIIe siècle, grâce à la gravure, un moyen de satire politique. Elle aurait commencé à triompher au XIXe siècle, notamment en France, après la Révolution de 1830 et en Allemagne, après 1840, c’est-à-dire avec, selon les Goncourt, la domination de la bourgeoisie : « L’avènement de la bourgeoisie est l’avènement de la caricature».
La caricature tomba un peu dans l’oubli pendant le XVIIIe siècle, les dessinateurs délaissant cette forme d’expression. Mais, dès la fin du XVIIIe et cela pendant tout le XIXe - c’est-à-dire sous l’Empire et la Restauration -, cette forme d’art connut son âge d’or : les nombreux changements politiques en Europe attisaient considérablement la satire des artistes. Ainsi, de nombreux journaux satiriques naquirent et se fixèrent le but de ridiculiser les chefs d’Etat de l’époque, en particulier en France et en Angleterre. Une large place fut attribuée à la caricature, d’autant plus que cette évolution coïncidait avec l’invention de la lithographie. Le dessin devint un élément très important des journaux de l’époque.
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